Kiss from the Reef

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Lo Stagnone

Une lagune sicilienne où l’on a pied presque partout, un thermique qui se lève après le déjeuner, des salines pour les jours sans vent.

Lo Stagnone, Italie
Photo : Gianclaudio Marino, CC BY-SA 4.0

On avait entendu parler de Lo Stagnone comme de « la salle de sport » des kiteurs européens. La formule nous faisait un peu peur : on imaginait un plan d’eau saturé d’élèves en gilet orange et de moniteurs au sifflet. La réalité est plus nuancée. C’est bien le spot d’apprentissage le plus fréquenté de Méditerranée, mais c’est aussi une réserve naturelle de 2 000 hectares, avec des salines, des moulins, une île phénicienne et une lumière de fin de journée qui justifie à elle seule le détour.

Concrètement, la lagune fait environ 7 km de long sur 3 de large, coincée entre la côte, au sud de Trapani, et une longue île basse, l’Isola Grande, qui la ferme côté large. Deux passes la relient à la mer : une au nord, vers San Teodoro, l’autre au sud, vers la Contrada Spagnola, aux portes de Marsala. Entre les deux, une eau saumâtre qui ne dépasse pas un mètre sur la plus grande partie de sa surface.

On y a passé trois semaines en juin avec le van, entre la lagune au nord pour les sessions de flat et le côté Marsala, plus profond et plus calme, quand on voulait un peu de clapot. Voici ce qu’on aurait aimé lire avant d’arriver.

Une lagune où l’on a pied, avec ce que ça implique

Le premier truc qui frappe, c’est la profondeur. Ou plutôt son absence. Sur la moitié nord, on marche dans 50 à 60 cm d’eau à deux cents mètres du bord ; certains coins descendent à 20 ou 30 cm quand le vent de nord pousse l’eau vers la passe sud. On relance sa voile debout, on récupère sa planche à pied, on discute avec ses voisins de session comme au bar. Pour apprendre, c’est difficile de trouver mieux.

Le revers, c’est que le fond n’est pas du sable blanc de carte postale : un mélange de sable, de vase et d’herbiers de posidonie, des cailloux près des berges et, du côté de Mozia, les vestiges d’une route punique immergée. L’eau est verte plutôt que turquoise. Et en été, quand elle dépasse 25 °C, des anémones prolifèrent et piquent les jambes rasées. Un legging fin règle la question ; on l’a appris après, en se grattant.

Kiteur en saut au coucher du soleil sur la lagune de Lo Stagnone
Le thermique tient souvent jusqu’au coucher du soleil en juin. Photo : GrilloSurf, CC BY-SA 4.0

Le vent : un thermique de nord-ouest et quelques invités

Le moteur de l’endroit, c’est le thermique. Les journées de beau temps stable, l’eau peu profonde chauffe vite, le contraste avec la mer ouverte s’installe, et un vent de nord-nord-ouest se lève entre midi et 14 h. Il monte progressivement jusqu’à 15 à 20 nœuds en milieu d’après-midi, puis retombe avec le soleil. En juin, on naviguait en 9 et 12 m². Ce régime tourne cinq à six jours par semaine de mai à septembre, un peu moins en août quand la chaleur écrase tout.

Autour de ce thermique, trois noms à connaître. Le maestrale (nord-ouest) est le vent synoptique le plus fréquent, propre et stable, renforcé par les passes qui font effet de couloir. La tramontane (nord) vide littéralement la lagune : l’eau part vers le sud et le fond nord découvre par endroits. Le scirocco (sud-est) est l’invité désagréable : rafaleux, chaud, chargé de sable, il arrive par séquences de trois ou quatre jours et peut dépasser 30 à 40 nœuds en hiver. Les locaux comptent plus de 300 jours de vent par an, mais l’hiver, c’est du vent de dépression, fort et irrégulier, pas du thermique gentil.

Réserve naturelle : les règles du jeu

Lo Stagnone est une réserve régionale depuis 1984. Ça se traduit par des règles précises, affichées dans les écoles et rappelées par la capitainerie de Marsala. Les 100 premiers mètres depuis la berge sont réservés au décollage, à l’atterrissage et aux cours. Entre 100 et 200 m, on fait de la nage tractée, pas de figures. Au-delà, c’est la zone libre. La pratique est autorisée à partir de 14 ans, en journée uniquement, jamais dans les zones de baignade ni à moins de 500 m des ports. Une aile posée doit être déconnectée de sa barre, lignes enroulées.

Les îles sont protégées. Mozia (ou San Pantaleo), l’ancienne colonie phénicienne, se visite en bateau depuis la Contrada Spagnola ou les salines Ettore e Infersa : dix minutes de traversée, 6 € l’aller-retour, plus une dizaine d’euros pour le musée Whitaker et ses stèles puniques. On y passe deux à trois heures en faisant le tour de l’île à pied. Flamants roses en fin d’été et en automne, hérons et aigrettes toute l’année : on n’approche pas les îles en kite, même si la trajectoire est tentante.

L’île de Mozia vue depuis la lagune, avec la villa Whitaker
Mozia, dix minutes de bateau et deux mille cinq cents ans d’histoire. Photo : b.roveran, CC BY 2.0

Les salines et les jours sans vent

Les jours de pétole, la balade s’impose. Les salines bordent toute la rive est de la lagune : bassins rectangulaires qui passent du bleu au rose à mesure que l’eau s’évapore, tas de sel couverts de tuiles, et les moulins qui servaient à pomper l’eau d’un bassin à l’autre et à moudre le sel. La récolte a lieu en été, quand les bassins sont les plus colorés. Au coucher du soleil, la lumière rase fait le reste ; on y est retournés quatre fois.

Marsala même, à dix minutes au sud, mérite une soirée : le centre baroque, le parc archéologique de Lilibeo au bord de l’eau, et le vin qui porte le nom de la ville. Un repas complet dans une trattoria tourne autour de 20 € ; les arancini du bar Saro, à la Contrada Spagnola, ont sauvé plusieurs de nos déjeuners.

Venir en van depuis la France

Deux options. La première, celle qu’on a prise, c’est le ferry GNV Gênes-Palerme : départ le soir entre 21 h et 23 h 30, six à sept traversées par semaine, un peu plus de 20 h de mer. On avait pris une cabine ; le pont avec fauteuils inclinables est plus économique mais on ne dort pas beaucoup. Comptez à partir de 58 € par personne hors véhicule, le van faisant grimper la note selon sa longueur et la saison. De Palerme, il reste 125 km d’autoroute gratuite jusqu’à Marsala, soit 1 h 30.

La seconde, c’est la route jusqu’au bout de la botte : Villa San Giovanni, puis le ferry Caronte & Tourist pour Messine, vingt minutes de traversée, une trentaine de départs par jour, environ 53 € pour un camping-car avec jusqu’à cinq personnes. C’est moins cher, mais c’est 1 900 km depuis Nice avant de monter sur le bateau, puis 330 km de Messine à Marsala. On l’a fait au retour pour voir la Calabre ; on ne le refera pas en été.

Sur place, le stationnement se fait chez les écoles. Une quinzaine de stations au nord et trois ou quatre au sud acceptent les vans sur leur terrain, autour de 10 € les 24 h, avec toilettes et douche extérieure. Officiellement, la nuit est interdite dans la réserve. Dans les faits, les écoles la tolèrent sur leur parking et personne ne nous a jamais dérangés. On a évité les bas-côtés de la route côtière, étroite et à sens unique côté sud.

Budget et pratique

  • Cours : 40 à 50 € l’heure en semi-privé, 80 € en privé ; baptême de 90 minutes autour de 100 € ; stage IKO niveaux 1 et 2 de six heures autour de 380 €.

  • Location : 60 à 80 € la journée pour aile et planche, 55 € les trois heures.

  • Logement : 25 à 30 € la nuit par personne en B&B ou appartement partagé hors saison, le double en juillet-août.

  • Aéroport : Trapani-Birgi est à 3 km, on entend les avions depuis l’eau.

Si vous cherchez du vent fort et de la vague, regardez plutôt vers Tarifa ou Dakhla. Si vous voulez apprendre, progresser en freestyle ou emmener quelqu’un qui débute sans qu’il boive la moitié de la Méditerranée, Lo Stagnone est probablement l’endroit le plus simple d’Europe pour ça. On est venus pour deux semaines et on est restés trois.

2 spots documentés

Les spots

  • La lagune

    Thermique de nord-nord-ouest side-shore à side-onshore, 12 à 20 nœuds l’après-midi ; maestrale (nord-ouest) stable ; scirocco (sud-est) rafaleux et side-off depuis la côte

    La lagune

    De l’eau aux genoux sur des centaines de mètres, un thermique qui arrive après le déjeuner : le spot où tout le monde apprend.

  • Marsala Beach

    Ouest (ponente) onshore avec petites vagues à la passe ; nord-ouest side-shore et eau plate ; scirocco (sud-est) side-off avec clapot court

    Marsala Beach

    Le côté sud de la lagune, là où l’eau se creuse, où le vent d’ouest lève du clapot et où l’on retrouve de la place.