Kiss from the Reef

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One Eye

Une gauche de récif ultra-rapide au bout du lagon, un vent side-off, une passe qui aspire. On y va préparé ou on n’y va pas.

  • Confirmé
One Eye
Photo : dronepicr, CC BY 2.0

One Eye est la vague qui a fait la réputation de Maurice chez les kiteurs et les windsurfeurs de vague. C’est une gauche de récif qui casse à environ 500 mètres au large, à l’angle nord-ouest de la barrière du Morne, juste à côté de la passe par laquelle tout le lagon se vide. Le nom viendrait d’un planteur borgne qui possédait les terres du Morne dans les années 1970 ; des surfeurs australiens le croisaient en allant à l’eau et ont baptisé la vague d’après lui.

On l’a regardée pendant deux saisons avant d’y aller. On y retourne quelques fois par an, les jours modestes, et on la regarde encore beaucoup les autres jours. Ce texte est écrit pour ceux qui ont déjà surfé des vagues de récif ailleurs, et qui veulent savoir ce qui change ici.

La vague

Elle se lève vite, creuse tout de suite, et déroule sur une longue section à une vitesse qui surprend même les habitués. Quand la houle de sud-ouest est bien alignée, c’est une des gauches les plus rapides et les plus longues que l’on puisse surfer en kite. Le vent de sud-est arrive cross-offshore, side-off de la gauche, ce qui lisse la face et permet de se caler dans le creux, mais rend aussi toute chute lourde de conséquences : l’aile tombée dérive vers le large, pas vers la plage.

À un ou deux mètres, elle casse sur la partie la moins profonde du récif. Passé deux mètres, elle recule un peu et devient plus franche. Au-delà de trois mètres, le lagon se remplit tellement que la passe elle-même se met à fermer, et là, plus personne n’y va, bateaux compris.

Le fond est du corail vif, à quelques dizaines de centimètres sous la surface à mi-marée. À basse mer de vive-eau, il sort de l’eau. Une chute dans l’impact zone se paie en peau, en ailerons et souvent en planche.

Kiteur en saut au-dessus d’une eau turquoise, montagne boisée en fond
Un des rares moments où la planche est en sécurité : en l’air. Photo : Ludovic Lubeigt from Taiwan, CC BY-SA 2.0

Le vrai danger, c’est la passe

Ce qui rend One Eye sérieuse, ce n’est pas la taille de la vague. C’est l’eau. Chaque vague pousse des tonnes d’eau par-dessus le récif dans le lagon, et cette eau n’a qu’une sortie : la passe, entre Manawa et One Eye. Le courant sortant y est permanent et se renforce à marée descendante et par grosse houle. Nager contre est illusoire, même les petits jours.

Concrètement : une aile qui tombe et qu’on ne relance pas, une barre cassée, une planche perdue, et l’on se retrouve emporté vers l’océan, invisible depuis la plage dès qu’on est derrière la ligne des vagues. Des gens y sont morts. Les centres du Morne ont des bateaux de sécurité, mais ils ne peuvent pas franchir la passe les jours où elle ferme, et le jet-ski de sauvetage n’est pas autorisé sur le site. Le drapeau rouge au centre veut dire exactement cela : personne ne viendra vous chercher.

Nos règles, qui sont celles de tous ceux qui durent ici :

  • Marée haute, ou au moins montante, jamais descendante avec de la houle.

  • 20 nœuds établis et une prévision stable pour la journée ; le vent qui mollit à 15 h au large de la passe, c’est le pire scénario.

  • Un binôme qui sait où vous êtes, et le centre prévenu.

  • Leash de planche, sujet clivant ailleurs, quasi consensuel ici : perdre sa planche dans ce courant, c’est perdre son moyen de rentrer.

  • Garder l’aile en l’air à tout prix. Une aile tombée les gros jours, c’est de longues minutes sous l’eau, tracté par la houle.

  • Rentrer avant 17 h, quand le vent bascule offshore et que la patrouille du soir passe.

Y aller et en revenir

Deux routes depuis le lagon. La première, celle que tout le monde conseille, passe par la passe principale à droite de Manawa, longe le récif au niveau de Chameau, puis descend pour entrer en haut de One Eye, en évitant les séries de face. La seconde traverse directement les vagues de One Eye par un petit chenal plus bas ; elle ne fonctionne qu’à marée haute et se réserve à ceux qui connaissent le récif par cœur. À basse mer, on y laisse ses ailerons.

Pour rentrer, on repasse par la grande passe, en tirant un bord au vent bien avant d’y arriver : le courant vous rend la distance.

Manawa et Chameau, les voisines

Manawa, un kilomètre au sud-ouest du décollage, de l’autre côté de la grande passe, est la vague par laquelle il faut commencer. C’est une gauche plus lente, sur un récif plus profond, avec un pic extérieur où l’on surfe sans trop de risque et un second pic plus au bord, beaucoup moins profond, à éviter. Le vent y est un peu plus faible qu’à One Eye, side-shore, et elle tient des houles énormes (jusqu’à cinq ou six mètres) tout en restant surfable les jours moyens. Le seul vrai piège, c’est la traversée de la passe, avec le même courant qu’à One Eye.

Chameau, entre les deux, est une série de petits pics sur un récif court, avec des angles serrés et un vrai potentiel de tube les jours propres. Peu de monde, beaucoup de corail.

Kiteur en rotation inversée, planche au-dessus de la tête, forêt en arrière-plan
Le genre de figure que personne ne tente au-dessus du récif. Photo : Ludovic Lubeigt from Taiwan, CC BY-SA 2.0

Le monde et les surfeurs

Les jours à un mètre attirent tout ce que le lagon compte de riders qui « veulent voir », et c’est là que l’étiquette se dégrade : on droppe, on se coupe, on oublie que les surfeurs sont au pic sous le vent et qu’ils sont là depuis bien avant nous. Certains jours sont réservés aux surfeurs locaux, et il vaut mieux demander au centre plutôt que de le découvrir sur l’eau. Les gros jours, il reste cinq ou six kiteurs qui savent ce qu’ils font, et la vague redevient ce qu’elle est.

Si vous cherchez une vague de récif en side-off pour vous y préparer, il n’y a rien de comparable dans nos destinations européennes ; la vague de Tarifa par Levante ou celles de l’Algarve sont des beach breaks, sans passe qui aspire. Manawa reste le meilleur entraînement, sur place.

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