:quality(82))
On avait dit qu’on ne partirait pas une semaine seulement : c’est court pour un endroit où la marée décide de tout. On l’a fait quand même, fin mars, entre deux périodes à Maurice, parce qu’un vol Casablanca–Dakhla à 21 h 30 coûtait moins cher qu’un aller simple pour l’Espagne.
Voici ce que ça donne, jour par jour. Le détail technique des spots est sur la page Dakhla et celle de la lagune ; ceci est un carnet.
Jour 1 — arriver de nuit
Le vol du soir de Royal Air Maroc se pose peu avant minuit. L’aéroport tient dans une salle : un tapis, deux comptoirs, un policier qui recopie à la main le numéro de passeport et la profession. Pas de visa pour nous, un tampon et c’est fini. Le boardbag passe gratuitement, dans les 23 kg et les 220 cm autorisés — le seul vol de notre calendrier où le matériel ne coûte rien.
Le transfert du camp attend dehors. Vingt-cinq minutes de route dans le noir jusqu’au PK25, le point kilométrique qui donne son nom au coin. On arrive, on ne voit pas la lagune, on l’entend. On dort mal, comme toujours la première nuit dans un endroit qu’on n’a pas vu.
Jour 2 — la lagune se montre
Au réveil, l’eau est là. Une quarantaine de kilomètres de lagune entre la péninsule et le continent, un banc de sable en face, une lumière qui écrase tout jusqu’à midi. À marée basse, on marche trois cents mètres avec de l’eau aux genoux ; à marée haute, c’est profond dès le bord.
Pas de vent le matin, comme prévu. Ça se lève vers 10 h, mou, et ça monte franchement à partir de midi. Le pic tombe autour de 14 h. On gonfle des 9 m, on finit en 8. L’eau est à 18 °C : la fameuse eau chaude du Sahara n’existe pas, c’est le courant des Canaries qui remonte du froid. On est en 4/3 le matin, en 3/2 l’après-midi.
Première session : trois heures, aucune vague, aucun obstacle. C’est ce pour quoi on est venus, et aussi pourquoi on se fatigue vite ici : rien ne vous oblige à sortir de l’eau.
:quality(82))
Jour 3 — la marée commande
On croit avoir compris, et on n’a rien compris. Les marées sont semi-diurnes, deux pleines et deux basses par jour, décalées d’environ cinquante minutes. L’amplitude va de 1,5 m en morte-eau à 2,3 m en vive-eau, ce qui, sur un plan d’eau aussi plat, change toute la géographie.
Le moniteur du camp l’explique sans détour : à basse mer, des bancs découvrent et une partie du plan d’eau devient un labyrinthe ; à marée haute, des zones inutiles deviennent les meilleures. La règle qu’on a fini par appliquer : demander tous les matins. Sur le Speed Spot, les sources se contredisent gaiement sur la bonne marée, parce que les bancs bougent d’une saison à l’autre.
Session de l’après-midi à quelques kilomètres au sud, avec un 4×4 du camp. Vent à 24 nœuds, eau lisse comme une table sur cinquante centimètres de fond. Le meilleur plan d’eau qu’on ait eu sous les pieds, et on le dit sans emphase.
Jour 4 — le jour sans vent
Il fallait bien qu’il arrive. Dakhla affiche environ 300 jours de vent par an selon les décomptes honnêtes : il reste deux bons mois de calme, et on en a tiré un.
Alors on prend le 4×4 avec quatre autres du camp pour la boucle classique : la Dune Blanche, une dizaine de mètres qui tombent dans l’eau et où l’on descend en courant comme des enfants ; la source chaude d’Asmaa, à 38 °C ; et la plage de Porto Rico, à une soixantaine de kilomètres. Déjeuner sous une tente sahraouie, pain cuit dans le sable, thé versé de haut trois fois. La journée complète se paie autour de 55 € par personne ; la Dune Blanche seule, une vingtaine d’euros.
Le soir, détour par la ferme ostréicole de la baie. Dakhla élève des huîtres qui partent jusqu’en Europe, et on en mange une douzaine sur une table en plastique face à l’eau pour le prix d’un café à Tarifa. Meilleur souvenir de la semaine, et il n’a rien à voir avec le kite.
Jour 5 — downwind
Le vent revient à 25 nœuds. Le camp organise un downwind à six, avec guide, bateau de sécurité et 4×4 à l’arrivée. Une quinzaine de kilomètres, deux heures et demie avec les arrêts, un banc de sable au milieu où l’on s’assoit pour souffler.
C’est là qu’on comprend l’échelle de l’endroit. On croit avoir vu la lagune depuis le camp ; on n’en a vu qu’un bout. Le bateau de sécurité n’est pas un gadget : le chenal central descend à une dizaine de mètres, et le vent, côté ville, souffle de terre. Deux personnes du groupe ont fini remorquées, sans drame.
:quality(82))
Jour 6 — l’océan de l’autre côté
Vingt-cinq minutes de piste et on change de monde. Côté Atlantique, à Foum Labouir, une droite de pointe, du vent moins rafaleux qu’on ne le craignait, et une houle qui n’a rien de décorative. On y va en spectateurs : le courant se voit à l’œil nu depuis la plage.
:quality(82))
On rentre pour la session du soir. Le vent tombe vers 18 h 30 et le camp s’installe autour du barbecue : des Allemands qui viennent depuis douze ans, un couple de Français en van garé sur le parking contre un forfait, deux Espagnols venus de Las Palmas en une heure de vol. On ne parle que du vent du lendemain, et c’est reposant.
Jour 7 — ce qu’on retient
Dernière session le matin, dans 16 nœuds mous, en 12 m, plus pour l’idée que pour la performance. Puis le sac, la piste, l’aéroport. Ce qu’on retient :
Une semaine, c’est court, mais pas absurde. Six jours ridables sur sept, ce qui en mars est normal et aurait été plus risqué en décembre. Les mois forts vont d’avril à septembre, avec du 25 à 35 nœuds ; l’hiver tourne plutôt autour de 15 à 20.
L’eau est froide. Toutes les brochures montrent du turquoise et personne n’écrit 18 °C. Prenez une 4/3, quitte à ne pas la mettre.
La marée est le vrai sujet, plus que le vent, qui est presque acquis. Un spot y est excellent trois heures par jour, médiocre le reste du temps.
Le camp remplace le van. Un bungalow en pension complète coûte, selon les adresses, 50 à 140 € la nuit par personne, repas compris. On a vu des vans sur les parkings, tolérés contre un forfait, et on y reviendra par la route un jour — ce qui suppose de digérer 1 950 km depuis Tanger et la huitaine de contrôles de police entre Laayoune et Dakhla. L’équivalent européen est dans le budget d’une saison itinérante.
Le matériel se choisit à la saison. Une 9 et une 12 suffisaient en mars ; en juillet, ce serait 7 et 9 — le raisonnement est détaillé dans le quiver de voyage.
On repart avec du sable dans les valves et l’envie très nette de revenir un mois, pas une semaine.
Destination liée : Dakhla, Maroc
Pour continuer
:quality(76))
:quality(76))
:quality(76))