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Quiver de voyage : deux ailes, une planche, et le reste en soute

Trois ailes ou deux, twin-tip ou surf, foil ou pas. Ce qu’on emporte pour couvrir Tarifa, Dakhla et Maurice, ce que ça pèse, et ce que ça coûte à l’enregistrement.

Quiver de voyage : deux ailes, une planche, et le reste en soute
Photo : Cayambe, CC BY-SA 3.0

La question revient à chaque changement de saison, et on n’a toujours pas de réponse définitive : qu’est-ce qu’on emporte. Un quiver de voyage n’est pas un quiver de maison. Sur la route, chaque mètre carré de spi se transforme en kilos à l’enregistrement, en volume dans le van, et en une décision qu’on regrette un jour sur trois.

On pèse 78 et 57 kg, on ride l’un un twin-tip et l’autre de plus en plus une directionnelle, et on essaie de couvrir trois régimes de vent très différents : le Levante de Tarifa qui monte à 35 nœuds sans prévenir, l’alizé régulier de Dakhla entre 18 et 25, et les 15 à 28 nœuds de l’hiver austral au Morne. Trois endroits, trois logiques, un seul boardbag.

Combien d’ailes, et quelles tailles

Le calcul de base tient dans une règle empirique que tout le monde ressort et qui marche étonnamment bien : taille d’aile ≈ 2,2 × poids du rider ÷ vent en nœuds. Pour 78 kg dans 15 nœuds, ça donne 11,4 m². Les grilles des marques disent à peu près la même chose. Celle d’Airush place un rider de 70 à 80 kg en 13 à 15 m² dans 10 à 13 nœuds, 11 à 12 m² dans 14 à 17, 9 à 10 m² dans 18 à 22, et 7 à 8 m² dans 23 à 28.

Reste la question de l’espacement. MACkite recommande un pas de 25 % entre deux tailles plutôt qu’un écart fixe en mètres carrés : à partir d’une 12 m de milieu de gamme, l’aile de vent fort est une 9 et l’aile de vent léger une 16. Kitestars, pour un rider de 80 kg, propose exactement le quiver classique : 7, 9 et 12.

On est partis avec deux ailes, une 9 et une 12. C’était l’erreur qu’on raconte à la fin de notre bilan de six mois en van. Le trou entre les deux se voit surtout à Tarifa : dans 28 nœuds de Levante, la 9 est déjà trop, et on regarde les autres naviguer. On est maintenant en 7 / 9 / 12 pour le plus lourd des deux, et en 6 / 8 / 10 pour la plus légère — décaler tout le quiver de deux mètres carrés vers le bas suffit pour vingt kilos de moins.

Si on ne devait en prendre que deux, ce serait 8 et 12. On accepte de rater les jours à 30 nœuds, qui sont plus rares qu’on ne le croit sur une saison complète.

Une aile de 14 m² vue de dessous, en vol dans un ciel bleu, ses lignes tendues vers le bas
Une 14 m : superbe dans dix nœuds, encombrante les 340 autres jours. Photo : mattbuck (category), CC BY-SA 4.0

Twin-tip, surf, ou les deux

Le twin-tip reste l’option raisonnable en voyage : plus court, plus plat, il rentre dans tous les sacs. Pour 60 à 80 kg, les grilles tournent autour de 138 × 41 cm en freeride nerveux, et jusqu’à 145 à 160 cm si on privilégie le confort et le vent léger. On voyage avec une 138, ailerons et pads démontés, ce qui gagne deux centimètres d’épaisseur dans le sac et évite qu’un aileron ne traverse une aile.

La directionnelle, elle, est un choix de destination. Elle plane plus tôt qu’un twin-tip, ce qui est précieux dans les journées molles de Maurice en octobre, et elle est évidemment la seule option raisonnable dès qu’il y a une vague de récif dans le paysage. Elle est aussi plus longue et plus fragile, et elle transforme un boardbag de 135 cm en boardbag de 160 cm, c’est-à-dire en bagage hors format chez la moitié des compagnies. On l’emporte à Maurice, jamais pour une tournée européenne en van.

Le foil, honnêtement

On n’en emporte pas, et ce n’est pas par principe. Un mât alu de 82 cm pèse déjà 2,5 kg à lui seul, une planche de foil gonflable de 90 L en fait 6,35, et une fois ajoutés fuselage, ailes avant et arrière, on est autour de 8 à 10 kg — c’est une estimation, aucune marque ne publie de poids complet.

Le foil reste un excellent outil pour les jours à 12 nœuds. Sur nos trois destinations, ces jours-là sont soit rares, soit concentrés sur une saison où on n’est pas là. On préfère prendre la 12 et lire un livre.

Ce que ça pèse vraiment

Les chiffres qu’on a pesés nous-mêmes, corroborés par ce que publient les marques :

  • une aile pliée dans son sac : 3,5 à 4,1 kg selon la taille ;

  • le sac à dos individuel d’une aile : 800 g à 1,1 kg — on les jette et on met tout en vrac dans le boardbag ;

  • une barre avec ses lignes : environ 3 kg ;

  • le boardbag lui-même : 1,8 kg sans roulettes, 3,3 kg pour un modèle à roulettes de 135 cm. Les roulettes et le rembourrage coûtent près de 2 kg ;

  • combinaison, harnais, pompe, casque : encore 5 à 6 kg.

Notre sac complet pèse un peu plus de 24 kg quand on le fait bien, et 28 quand on triche. Combinaisons et harnais voyagent le long des rails, où ils servent de rembourrage aux carres de la planche.

Ce que ça coûte à l’enregistrement

Les grilles changent chaque année. Ce qu’on a relevé :

  • Royal Air Maroc : bagage kite gratuit jusqu’à 23 kg et 220 × 40 × 40 cm. C’est la meilleure nouvelle de cette liste, et la raison pour laquelle on emmène tout à Dakhla.

  • easyJet : 50 € en ligne, 60 € à l’aéroport, jusqu’à 32 kg et 275 cm. On a le droit d’y ajouter des affaires, ce qui en fait le meilleur rapport poids/prix d’Europe.

  • Transavia : 52 € par trajet, 32 kg, 360 cm — mais interdiction d’y mettre des vêtements.

  • Ryanair : 60 € en ligne, 70 € à l’aéroport, et surtout un plafond à 20 kg au-delà duquel c’est 13 € le kilo. Notre sac à 24 kg y coûte donc 112 €. On évite.

  • Air Mauritius : gratuit jusqu’à 23 kg, mais avec une limite de 200 cm en somme des trois dimensions. Un boardbag de 140 cm y passe tout juste. Au-delà de 300 cm, c’est du fret.

  • Corsair : les grilles publiées vont de 100 à 300 € selon la destination pour le conteneur spécial. C’est le poste qui nous a le plus surpris, et celui qu’on vérifie systématiquement avant de réserver.

Ce qu’on laisse au camp

À Dakhla, le stockage du matériel personnel dans un camp se paie autour de 12 € par jour chez les plus chers, 216 € les vingt jours, et 5 à 7 € par jour et par personne ailleurs. À côté, la location d’un pack complet coûte 100 € la journée, 420 € la semaine. À Maurice, c’est environ 87 € la journée.

Le calcul est vite fait : stocker son matériel se rentabilise dès qu’on évite un jour de location par semaine, mais quand un aller Paris–Maurice peut coûter 300 € de bagage spécial, louer sur place devient défendable pour dix jours. On fait les deux : on laisse une pompe, une vieille barre et une planche d’école dans un box à Dakhla, et on ne transporte plus jamais de pompe en avion. Elles pèsent 1,2 kg, elles cassent, et il y en a une dans chaque camp du monde.

Le reste — les trois ailes, la barre, la planche — voyage avec nous. C’est le compromis qu’on a trouvé après avoir raté trop de sessions par excès de raison.

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